vendredi, juillet 31 2020

30 juillet 2020 - Révélatrice absence

Voilà, l 'été s'allonge encore et les perspectives de reprise pour les ludochons sont encore incertaines.
À ce stade, même avec quelques rencontres informelles par ci par là, le bilan ludique des six premiers mois de l'année reste faible et plus important encore, certains ludochons commencent à sérieusement nous manquer...

Les plus désespérés en sont même maintenant à organiser des parties , en solitaire, mais en imitant les caractéristiques de leurs compagnons préférés. Ainsi, en plein abattement, certains mettent autour de la table de leur salon et de son plateau de jeu, quelques marque-places sur lesquels sont inscrits les noms de nos compagnons préférés, et les voilà à jouer à tour de rôle virtuellement "comme ils pourraient le faire".

Bon, pour ne rien vous cacher, le résultat est assez imparfait et ne ressemble que de très loin à une séance chez les ludochons...

Par exemple, comment voulez-vous qu'un type assez sombre comme votre serviteur puisse imiter le rire franc et bienveillant de Magali ? Il ne m'est pas impossible d'imiter le côté Caliméro ronchon de Cécile pendant une partie, j'ai même quelques aptitudes pour cela, mais s'il faut en plus gagner à la fin en pulvérisant tout le monde, c'est plus compliqué !
Bien sûr, je peux lâcher quelques "Oh le boulet" bien sonores, mais aurais-je le même recul que le dit quidam sur la mécanique du jeu ? Comment imiter John convenablement alors que je me refuse à porter un chapeau ridicule?
J'ai bien essayé (aussi) de poser discrètement une boite de Railroad Tycoon dans un coin de la pièce au début d'une séance, mais je n'arrive pas à imiter le sourire en coin de Davy se retournant vers la communauté, et laissant à penser que "Il est là,... hein,... au cas où..."

Railroad tycoon, janv. 2017 Railroad tycoon - Alors, là, forcément, pour le coup, une vraie pensée pour Davy.

Bon, il faut avouer que pour certains joueurs on peut arriver ponctuellement à des résultats presque satisfaisants...
Ainsi, je peux presque sentir la présence de Michaël, si je joue avec en fond musical, le "worst of" de Rires et chansons des années 80...
Je peux insulter avec élégance le reste de ma table virtuelle (ce qui revient à s'insulter) en mettant mes lunettes grace à la technologie brevetée par Suzel.
Je peux aussi assez bien imiter la résignation placide d'AlainCM alors qu'on débute la seconde heure d'explication de règles.... Une fois j'ai même réussi à simuler, d'un coup toute la famille Pic, en débinant un jeu !

Mais il faut l'avouer ces quelques cas restent rares et on se trouve plus souvent dans un entre-deux insatisfaisant....

J'arrive certes à dire ouagon (wagon), mais je ne sais toujours pas dire 8 comme il faut pour que Vincent ne me manque pas.
J'ai beau faire mais je n'arrive pas à exploiter chaque parcelle de points comme pourrait le faire Bertrand II, le presse-citron ludique (et je crains que cela ne soit un problème insoluble de neurones manquants). Je continue à regarder certains de mes jeux avec satisfaction, en me demandant ce que Guillaume peut bien leur trouver comme défaut, et faute de mieux je m'oblige à lâcher des "Ouais mais cette carte est trop.... colorée ?" peu convaincants.
Si d'aventures je remonte sur un vélo un jour je pourrais bien le peindre en céladon et l'équiper de barres de toit, mais comment faire pour imiter les conversations endiablées et complices de Noémie et Elsa ? J'ai aussi essayé de basculer du comique troupier vers l'humour plus élégant de Frédéric mais sans succès, et puis va discuter intelligemment de BD quand ta culture s'arrête à Tintin ! (Tintin! pour le coup!)

Bon, on peut essayer de tricher un peu. Je peux m'affubler, avec une certaine classe, d'une perruque poivre et sel (C'est vachement chaud les cheveux ! Comment faites-vous ?), mais cela n'arrive pas à simuler l'enthousiasme d'Alain. J'ai même essayé d'ajouter un brushing à la dite perruque (C'est vachement chiant les sèche-cheveux ! Comment faites-vous ?) mais là on n'arrive pas à l'élégance de Nelly.
Je me suis, dans la foulée, signé à moi-même tout un tas de chèques mais quand même j'ai fini par y mettre le hola, alors qu'avec Éric, cela aurait été impossible !

J'ai réussi à tenir avec les russes à Quartermaster jusqu'au tour 8, mais j'imagine sans mal, Philippe, dodelinant de la tête navré! Même si pour essayer de sauver la face j'ai prétendu essayer de jouer comme Stéphane (j'avoue cette mesquinerie m'appartient !), l'autre grand spécialiste des stratégies alternatives.

20200721_quartermaster_cold_war.jpg, juil. 2020 QM - The cold war - Un rêve pour Philippe...

Et puis il y a ceux qu'on ne peut tout simplement pas imiter... Comment renoncer à mes rasoirs pour imiter la barbe fleurie et évolutive de Bertrand ? Comment imiter la présence de David alors qu'il vous embarque sur une aventure au long cours ? Et je ne parle même pas de l'impossibilité de simuler une partie avec Antonio, Cyril et Alexis à des jeux auxquels je ne comprends rien...

Et encore, je n'ai pas encore essayé de simuler la moitié de tous les ludochons !

Septembre ? Octobre ? C'est trop loin , je vais finir interné pour troubles de la personnalité!

vendredi, juillet 24 2020

24 juillet 2020 - Prise de hauteur sur les auteurs sans auteurs

Un vieux sujet qui intéresse souvent la communauté ludique est le fameux droit d'auteur pour les créateurs. On en a déjà parlé plusieurs fois et nous n'allons peut-être pas revenir dans le détail sur le sujet. Ce n'est d'ailleurs pas par manque d'intérêt mais par manque de compétences que je préfère rester silencieux (un problème récurrent vous l'aurez compris, l'incompétence pas le silence!)...

En fait, si les auteurs de jeux veulent se rapprocher statutairement des auteurs de livres (par exemple), on pourrait se demander (faut bien trouver un sujet) si la même proximité existe entre leurs oeuvres, à savoir les livres et les jeux. Et puisque la France est un "grand pays de culture" (où un tiers des personnes lit moins de 4 livres par an...), il devrait forcément y avoir des liens forts entre ces deux activités.... Forcément...

En première approche, il nous vient immédiatement à l'esprit quelques noms de jeux pour étayer cette remarque, Vendredi, Sherlock Holmes – Détective Conseil, Ankh-Morpork, Les piliers de la terre, les innombrables déclinaisons du mythe de Cthulhu,... Bref il semblerait que notre thèse puisse tenir la route, mais pourrions-nous vraiment aller au delà de ces quelques cas ?

Sherlock Holmes, détective conseil, août 2012

La licence n'est guère poétique....

En première approche on pourrait se dire que tout succès littéraire récent devrait générer à plus ou moins court terme un jeu. Néanmoins, un des aspects et non des moindres dans le rapport avec le monde des livres est celui de la licence.

Souvent, en effet, pour les oeuvres contemporaines, cette bonne idée doit s'accommoder d'ayants-droits et de licences plus ou moins coûteuses. Or on sait que certaines fondations défendent ainsi les oeuvres avec une férocité digne d'une hyène affamée croisant la route d'une vilain petit canard lui demandant poliment le chemin de la piscine...
Défendre les droits, ce n'est pas forcément une mauvaise chose (c'est ce que veulent les auteurs de jeux), car on pourrait craindre en effet parfois des hybridations un peu étranges, (qui ne rêve d'un monopoly Musso), mais au delà de cet aspect il n'est pas sûr que la licence contribue au succès et peut même pour des raisons de rentabilité nuire à l'éditeur.
Néanmoins quelques oeuvres "récentes" ont passé ce cap, certaines hyènes n'étaient peut-être pas si affamées que cela ou en tout cas qu'elles sont plus ouvertes à l'idée de tenter l'expérience nouvelle de la piscine ! On peut ainsi signaler Le petit prince, Le trône de fer, Sherlock Holmes, Conan, et bien sûr des Harry Potter, etc.

On peut se demander si le lien ou le succès pour certains est plus lié au livre qu'à son adaptation cinématographique ou télévisuelle. C'est sûrement le cas pour un petit prince, c'est nettement plus discutable pour le trône de fer ou pour toutes les oeuvres à base de vampires (Nosferatu,...).
Au delà de cet aspect, les jeux sous licence sont reliés à des ouvrages ne sont au final peut-être pas si nombreux que cela.

Libérés des livrets !.. (honte).

Avant d'aller plus loin, précisons qu'a contrario il peut y avoir un jeu subtil qui consiste à évoquer un univers littéraire sans jamais prononcer son nom que cela soit pour éviter la licence ou non...
Ainsi, des jeux évoquant les mousquetaires peuvent reprendre les codes créés par Alexandre Dumas, sans jamais faire allusion aux trois mousquetaires. On peut se trouver dans des univers ressemblant au seigneur des anneaux, sans qu'il soit jamais fait mention de Sauron (Donjons et Dragons a tiré partie de tous les nombreux livres de Fantasy l'ayant précédé sans s'attacher à aucun d'eux).
On pourrait qualifier de "liber squatting" ce type de comportement et il faut sûrement augmenter le nombre de jeux inspirés d'oeuvres.

Autre exemple, on voit ainsi des oeuvres de déduction qui vont faire apparaître des pipes ou des loupes. L'Égypte peut bénéficier de l'intérêt ancien pour son histoire mais aussi des livres de Christian Jacques.
Notre camarade Yoann a eu l'idée de Myrmes en regardant un reportage, mais pour plusieurs joueurs, le jeu a fait écho aux livres de Werber.

Myrmes, avr. 2014

Cela pose parfois des questions encore plus subtiles, une livre évoquant une période et ayant connu un grand succès peut servir à des joueurs pour se représenter une époque réelle, dans ce cas un jeu basé sur cette période historique est-il inspiré de l'oeuvre ou de l'histoire ?

La Culture c'est l'aventure... Mais ce n'est que trop cela...

Bon, reprenons ce vieux slogan pour faire l'état des lieux, car il faut le constater en fait les livres les plus représentés sont souvent les livres d' "aventures". Jules Verne (Le tour du Monde, Michel Strogoff), Dumas, etc se taillent la part du lion. On peut ajouter en élargissant un peu la catégorie (mythologie, (super-)héros), des jeux comme les chevaliers de la table ronde, ou aussi Blake & Mortimer - Witness, Batman, etc.

L'autre grand vainqueur du transfert, c'est La Fontaine et ses fables largement connues, facilement accessibles et qui fournissent de nombreux thèmes pour les joueurs (jeunes ou moins jeunes).

Mais au delà c'est (un peu) le désert, et au final si on regarde les classements de jeux, ceux qui sont associés à des oeuvres littéraires sont très (très) minoritaires... Si vous rêviez de meeples en forme de madeleine sur fond de grand hôtel de Cabourg, visiblement vous serez triste d'apprendre que Proust n'a pas inspiré grand monde.
Difficile d'adapter Flaubert, certes "Une vie" ne s'y prête guère, mais on doit pouvoir trouver chez Balzac, Zola ou Maupassant, pas mal de trames exploitables.

Au delà des trois mousquetaires, l'épique capitaine Fracasse a l'air bien oublié. L'onirisme sombre de l'écume des jours ne pourrait-il pas se prêter à un jeu. on doit pouvoir trouver chez Corneille et Racine de nombreux héros exploitables. Hugo a le vent en poupe, et ce romantique a bien en stock quelques décors notables (hors de Notre-Dame) !

Shakespeare, juin 2019

Notons donc que si parfois qu'on peut avoir d'étranges surprises comme "Les Guerres Picrocholines" (cet hommage inattendu à Rabelais), la littérature est un champ encore assez inexplorée chez les auteurs de jeux.

NB : rappel toujours pas de ludochons avant au moins septembre....

vendredi, juillet 3 2020

3 juillet 2020 - Temps assassin...

On avait cru qu'un confinement c'était d'abord une question d'espace. Un espace réduit, limité, avec lequel il faudrait faire, quitte à tourner en cage... Dans celui-ci, on a d'abord cherché les jeux pour jouer avec la famille et en cas de défaut des solitaires tout-à-fait recommandables, au pire des jeux en ligne...

Puis nous avons découvert que le confinement c'était du temps... Pour certains du temps pour jouer, pour d'autres du temps sans jeu... Du temps d'inactivité ou du temps de suractivité, le vide ou le trop plein. Bref une gestion du temps bien surprenante...

Et puis il est apparu que finalement le confinement c'était du lien social, celui qu'on voulait préserver et celui qui se délitait...

Là où cela se complique pour un ludochon, c'est que le jeu c'est de l'espace, du temps et, du lien social... Bref tout cela a laissé les joueurs de jeux de société dans une société assez joueuse... Joueuse parce que les injonctions sont souvent contraires. On peut, par exemple, être obligé de prendre de la distance dans un TER avant d'aller s'entasser dans un Ouigo. Certains clubs sont accessibles, d'autres non et cela ne dépend parfois même pas du sport ou de l'activité en elle-même, mais parfois de la VMC, de la configuration du lieu, ou encore du niveau de directives.

Bref dans notre Nord-Isère, on peut travailler, aller au cinéma, acheter une nouvelle voiture, se rendre au restaurant, voter mais pour le moment et jusqu'en septembre jouer dans notre club sera chose impossible.

De plus, les injonctions qui peuvent nous toucher sont parfois elles-mêmes contradictoires ou paradoxales. Reprendre la voiture plutôt que le train est-ce vraiment un bon investissement dans la durée ? Faut-il sauver une industrie (aérienne) qui est au minimum un vecteur de propagation ? Bref, nous voilà à gérer des empilements de dilemmes insolubles.

Souvent nous avons professé ici que le jeu nous préparait au mieux à toute sorte d'événements, mais là même pour les meilleurs de nos analystes cela devient pointu... Mais, il y a pire! L'attaque du lien social est des plus angoissantes. En effet, on s'aperçoit que de nombreux concitoyens voient maintenant en l'autre un danger potentiel et qu'ils peuvent le haïr pour un masque dont ils suspectent la non-conformité, alors que les autres, "négligents" (au mieux) pour les premiers, peuvent les haïr de manière symétrique parce que, selon eux, ils bloquent le système de manière excessive (Il est vrai que j'ai vu à la gare une grand-mère mettre du gel sur ses gants vinyliques). Et au pire si on franchit ces fossés d'incompréhensions, on doit affronter la nouvelle peur : si c'était moi le vecteur maudit de cette pandémie...

Tout cela a donné à nos joueurs l'impression de jouer à un nouveau jeu "la pandémie de Thiercelieux", un jeu, théoriquement collaboratif, dans lequel on cherche les coupables, ou chaque nuit des joueurs disparaissent, et ou le carton définissant votre rôle indique juste "Pas sûr", "Je ne sais pas", ou "Peut-être"...

Pandémie à Thiercelieux, juil. 2020 Pandémie à Thiercelieux - la fiction et la réalité....

Que va devenir le joueur, s'il ne peut plus faire confiance à l'autre pour se réunir autour d'une table de jeu ? Le joueur redeviendrait alors un homme seul, et on le sait, l'homme seul est souvent mal accompagné, et on peut se demander, avec un peu d'angoisse, ce qu'il restera de nos joueurs de société en septembre.

Bref le temps est assassin... et emporte avec lui les rires des enfants et les mistral gagnants.

PS : Pleurez pas ! Les billets précédents (auto-censurés) étaient pires!

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Les ludochons : le club des joueurs et joueuses de jeux de société / jeux de plateau
sur Bourgoin-Jallieu et le Nord-Isère